Le secteur du tourisme, qui a vécu son âge d’or dans les années 1970 jusqu’à la fi n des années 1980, vit des moments de léthargie. Si le circuit Aurès est mondialement connu puisque les magazines, revues et guides spécialisés en la matière en parlent encore (Berlitz, Routard, Guide bleu), la tradition et la culture de la pratique touristique n’existent presque plus…

Et pour cause, la capitale des Aurès n’a pas renouvelé, encore moins relancé, ses capacités d’accueil et infrastructures hôtelières depuis plus de vingt ans, et on en veut pour preuve la diffi culté que rencontrent les organisateurs d’événements culturels ou autres à loger leurs invités. Ce frein ne semble cependant pas gêner les responsables du secteur et aucune nouvelle infrastructure étatique n’est venue renforcer le maigre potentiel existant, hormis quelques modestes hôtels, motels et beaucoup de dortoirs pour, semble-til, répondre à la demande en infrastructures hôtelières. A la Direction du tourisme, même si l’on reconnaît, du bout des lèvres, que le secteur ne se porte pas bien et qu’il est temps de se mettre au travail, on ne sait toujours pas ce qu’il faut faire, quand bien même on le souhaiterait, la gestion administrative semble avoir sclérosé toute initiative. Toutefois, le directeur du tourisme de la wilaya de Batna, Guerboua Rabah, estime que la relance est possible. Il suffi t de s’y mettre et de s’en donner les moyens. Il dira à ce sujet : «Nous avons 8 hôtels en cours de réalisation, 8 en projet et 6 à l’étude. La nouvelle politique de l’Etat nous permet et exige même de nous en tant que responsable du secteur d’off rir des terrains pour les investisseurs dans ce secteur (tourisme), sachant que parmi les nouvelles infrastructures en réalisation, il y a l’exploitation des sources thermales. Notre nouvelle stratégie consiste à impliquer le citoyen et à le considérer comme un acteur direct. Le tourisme n’est pas l’aff aire de l’administration, mais plutôt celle de toute la population (citoyen). C’est ce qu’il se passe partout dans le monde.»

ENTRE RÉALITÉ ET DISCOURS

Un circuit, des vestiges et des vues imprenables… Et, malgré cela, les touristes ne se bousculent pas au portillon… En eff et, le circuit Aurès existe. Il fait 200 km, sinon plus. On y trouve des témoins matériels, à l’exemple du tombeau Imedghassen IIIe siècle av. J.-C., la ville antique de Timgad, les balcons de Ghouffi , les hauteurs à 1 840 m d’altitude du mont Mahmel, la ville de Menaâ où avait séjourné l’anthropologue et amie de l’Algérie Germaine Thillon… Si ce même circuit avait connu des moments de gloire et un rush de visiteurs des quatre coins du monde, de nos jours il est déserté et sa fréquentation est presque nulle. Un exemple édifi ant, le guichetier de la ville antique de Timgad ne vend que 10 à 20 billets d’entrée par jour. Ce sont les excursions scolaires qui sauvent la mise. Il n’existe aucune coordination entre les diff érents secteurs… Si les responsables de la formation professionnelle ont pris l’initiative de lancer des cycles de formation dans le domaine de l’hôtellerie (agents d’accueil, guides pour touristes…) à la Direction du tourisme, l’on ignore totalement cette initiative. Des citoyens rencontrés non loin du tombeau Imedghassen résument la situation que vit ce secteur avec beaucoup d’ironie et de réalisme. Ils mettent au défi les responsables de fournir les mêmes conditions d’accueil aux Algé- riens qui vont en Tunisie, où il faut verser des dinars pour visiter quelques pierres à la ville de Sphax, alors que chez nous le tombeau numide (Imedghassen) est à l’abandon, gratuit et sans aucune indication, hormis une plaque. Sous d’autres cieux, un tel vestige doit avoir un dépliant, une carte postale et sa visite est impérativement payante.

COMMENT RELANCER UN SECTEUR PORTEUR ET CRÉATEUR DE RICHESSES ?

Selon les propos des responsables des rares agences de voyage dignes de ce nom, à l’exemple de Timgad Voyages, Magilan ou encore et, à un degré moindre, le Touring Club qui avaient la tradition d’organiser des voyages pour des touristes occidentaux – puisque la majorité des autres agences se limitent aux voyages organisés dans les Lieux saints (Omra et Hadj) –, le souci n’est pas maté- riel, ni logistique en dépit de l’importance de ce paramètre. M. Menaceur, le gérant et directeur de l’agence Timgad Voyages, est catégorique à ce sujet. Il nous dit en l’occurrence : «L’infrastructure d’accueil est en souff rance, il faut le reconnaître mais des progrès sont faits, même si la qualité n’est pas aux normes. Cependant, la tradition touristique qui existait dans les Aurès est à l’agonie. Je préconise qu’il soit fait appel aux anciens du métier, ceux qu,i à l’époque, organisaient les Aurassiades, les festivals de Timgad, mettaient les habitants des villages, à l’exemple de Ghouffi , en contact avec des touristes et des voyageurs pour qu’ils choisissent de nouveau la destination Algérie (Aurès) car il y a un potentiel énorme.» Le gérant et directeur de l’agence Timgad Voyages sait de quoi il parle. Il organise des randonnées et du trekking pour des touristes grâce à un travail de fourmi et du relationnel bien huilé, de même que pour le jeune gérant de l’agence Magilan qui a eu une expérience unique en organisant une course en VTT pour des touristes étrangers qui ont fait le déplacement de quatre pays européens. En somme, la barrière semble être mentale plutôt que matérielle, un travail de sensibilisation et de prise de conscience est indispensable auprès des opérateurs, de la population et de l’administration. «Il est inacceptable qu’un touriste ne puisse pas payer en carte bancaire (Visa). Cela marche à travers tous les pays du monde. Nous avons et nous devons nous mettre au diapason», nous dit la responsable de l’Offi ce national du tourisme à Batna. Si dans un hôtel 4 ou 5 étoiles il n’y a pas d’eau chaude, que la couleur des serviettes est douteuse, que la nourriture est réchauff ée et que l’on demande aux locataires de ne pas se promener en pantacourt… quelle sorte d’image donne-t-on du tourisme ? Le touriste se dira être mieux reçu ailleurs et qu’il a l’embarras du choix… A bon entendeur.