Le désormais «Monsieur» économie numérique, Mouatassem Boudiaf, a été installé hier dans ses nouvelles fonctions en qualité de ministre délégué auprès du ministre des Finances chargé de l’Economie numérique et de la Modernisation des systèmes financiers. Sa mission, tout comme l’intitulé de son nouveau département, est de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une nouvelle économie, nourrie par le commerce et le paiement en ligne et à connecter le système financier, du moins les pratiques ainsi que les usages, au reste du monde.

usqu’à présent, restés au stade de la déclaration d’intention sinon à celui de l’annonce, le commerce en ligne et la massification de l’usage du paiement dématérialisé n’ont jamais vraiment pu aller au-delà de quelques «miettes» de chiffres et de statistiques qui en disent long sur le faible niveau d’appropriation de ces instruments modernes de vie auxquels l’Algérien n’a pas encore aisément accès. «Avec seulement 11 000 transactions de paiement sur un million de cartes bancaires [en 2014, NDLR], c’est un peu moins de 1%, ce qui signifie qu’il y a un problème profond qu’il faut aller sonder afin d’y remédier au plus vite», affirmait il y a quelque temps M. Boudiaf dans nos colonnes lorsqu’il était à la tête du Groupement d’intérêt économique-monétique ; une autorité de régulation créée par les banques dans le but d’uniformiser les pratiques de banque dématérialisée. Sans s’attarder sur l’amertume d’un secteur financier dépouillé de l’essentiel, la modernité de son temps, toute la difficulté de M. Boudiaf à la tête de ce nouveau ministère sera de maintenir un agenda précis avec des objectifs tout aussi clairs. La précision s’impose car son premier calendrier – 2015 – dans lequel il avait inscrit le lancement du paiement en ligne au moins auprès de grands facturiers – opérateurs télécoms, services des eaux, compagnies aériennes… – n’a pas été honoré à ce jour, promettant à chaque passage d’antenne ou plume tendue de la presse que «l’année 2015 doit être celle de la généralisation de la monétique» et de répéter que le paiement par Internet interviendrait à l’été de cette année-là. D’ailleurs, même son ministre de l’époque, Mohamed Djellab, s’était laissé aller à l’enthousiasmante annonce de généraliser le paiement en ligne à l’ensemble des acteurs du commerce de détail à la fin de… 2015. C’en est presque une préoccupation légitime, surtout que la même année, prenant part à un forum algéro-français sur la monétique, il disait que «nous (n’allions) pas du jour au lendemain migrer vers l’e-paiement et l’e-commerce. C’est un long processus qui nécessite un gros travail de sensibilisation, de discussions et de négociation», appuyant ses dires par le cas de la France dont la généralisation de ce mode de paiement a pris 30 ans. Sauf qu’en France, le commerce à distance – téléachat, Minitel…– est une tradition ! La désaffection du public vis-à-vis de l’usage de la carte de paiement électronique et, par-delà, du paiement en ligne pourrait s’accentuer devant tant de promesses sans lendemain jusqu’à devenir de la résignation. Il n’en demeure pas moins que la mise en place d’un tel ministère est un signal politique inédit, d’abord parce qu’au plus haut niveau, on a compris qu’il n’était pas possible de tout demander au ministère de la Poste et des TIC qui fait ce qu’il peut, mais dans le volet de l’infrastructure. C’est évident, la Poste et les TIC ne sont plus la locomotive du numérique en Algérie, mais bel et bien un partenaire ministériel : l’Intérieur s’est modernisé selon sa propre feuille de route, au même titre que celui de la Justice.

LE PROFIL QU’IL FAUT !
Acteurs et observateurs de la sphère numérique et financière pourraient se sentir soulagés de voir un homme «technique» à la tête d’un tel ministère délégué : titulaire d’un diplôme d’ingénieur en automatique de l’Ecole nationale d’ingénieurs et des techniciens d’Algérie (ENITA), d’un master en management de l’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP), ceci pour le côté académique, et une carrière professionnelle débutée en 1989 comme ingénieur à Air Algérie où il avait aussi occupé d’autres postes de responsabilité et a dirigé plusieurs entreprises privées spécialisées en informatique, avant de finir par rejoindre le secteur financier en exerçant des postes de responsabilité à la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique (Satim) et à l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (Abef). Son premier mot, M. Boudiaf le dédie au chef de l’Etat, affirmant, lors de la cérémonie de son installation qui s’est déroulée en présence du ministre des Finances, Hadji Baba-Ammi, être «conscient de la mission» qui lui est attribuée par le président de la République, qui «consiste à mettre en place les fondements de l’économie numérique». Lors d’un Conseil des ministres tenu durant l’été 2014, le chef de l’Etat avait à cœur d’appeler les banques à accélérer leur modernisation. Si l’actuel ministre des Finances semble avoir accordé toute sa confiance à un homme qu’il qualifie d’«opérationnel», pour sa maîtrise non seulement du secteur bancaire mais aussi du domaine informatique, encore faut-il qu’il ait les coudées franches pour pouvoir tracer sa feuille de route et la faire appliquer. S’accorder avec la ministre de la Poste et des TIC, Mme Feraoun, sur le commerce et le paiement en ligne qu’on veut – par mobile ou par l’ADSL derrière un écran, voire les deux – va dans ce sens. Il reste encore une dernière équation à résoudre : l’informel, dans toutes ses dimensions. Un informel qui a déjà eu raison d’un ministre et qui empoisonne l’économie formelle

Source: reporter-dz.com